A Propos de Marie – Saison 7
AnnT 24 septembre 2017
Télécharger A Propos de Marie - Saison 7 :

Sous les combles

– Artium ! Aurais-tu la gentillesse d’ouvrir cette porte, je suis à la limite de la claustrophobie !
– Claustrophobie ? C’est nouveau ? Et bien non ! Je n’ouvrirai pas tant que tu n’auras pas répondu à ma … à mes questions, Hermine !
– Artium …
– ….
– Pourquoi deviens-tu si déraisonnable, d’un coup ?
– Artium a toutes les bonnes raisons du monde d’être en colère …
– Oh ! James ! … ça va hein ! Tu ne vas pas t’y mettre non plus !

– [ … ] –

Ce midi même, Artium était sorti de la Mairie, après s’être entretenu avec Mr le Maire des derniers détails de la cérémonie. Ce soir serait l’événement tant attendu, l’inauguration de la Galerie Arthur Waas. Sur le parvis, Artium avait découvert James, assis à la terrasse du café, une Mauresque à la main. Ce n’était pas la première, au vu du nombre de verres vides soigneusement empilés sur le comptoir, derrière lui.

– Ah James ! Enfin ! Tu t’es décidé à quitter Paris ? Je pensais que tu ne viendrais plus !
– Tu ne m’avais pas dit que la Galerie, c’était pour Marie …
– La galerie s’appelle Arthur Waas, pas …
– Et l’affiche ? Elle veut dire quoi ?
– C’est une affiche pour annoncer l’inauguration …
– Ne m’prend par pour un imbécile Artium ! On y voit Arthur sur son vélo, Marie dans ses bras à califourchon. Ils roulent, légers comme le vent. Ils ont l’air si heureux, si amoureux. Quel rapport avec la galerie ?
– Ils se sont aimés, James ! Encore aujourd’hui …

Galerie Arthur Waas

James se lève comme une flèche, manquant de faire tomber la chaise sur laquelle il était assis. Il titube. Le visage tout contre celui d’Artium, il crie plus qu’il ne parle.

– Elle l’a quitté pour Moi ! Artium ! Tu l’oublies …

Des passants se retournent.

– James ! Je crois qu’une bonne douche te fera le plus grand bien !

Artium prend le bras de James qui résiste à grand coup de gestes désarticulés. Il glisse en arrière. Artium le rattrape juste à temps et le guide vers la galerie.

– Tout ça serait passé autrement, si cette poufiasse d’Hermine n’avait pas fourré son nez dans nos histoires. C’est une vermine je te dis ! Une imposteuse …
– James ! Tu dis n’importe quoi ! Allez ! Viens là-haut, sous les combles, il y a une pièce pour les amis, tu pourras te détendre.
– J’suis pas ton ami …

– [ … ] –

– C’est donc une séquestration ?
– En quelque sorte oui …
– De toute façon, tu seras bien obligé de nous libérer ! Dans moins d’une heure, il y a l’inauguration, ton discours, tes invités,… tu ne pourras pas manquer …
– Hermine, si tu savais combien je m’en contre-fous ! Le Maire saura bien me remplacer. Trop heureux de se mettre à son avantage …
– Artium, je ne te savais pas si cynique. Tout de même, tout ce travail … pour rien ?
– Mais qu’importe Hermine … ce qui compte, ce sont les œuvres de mon père, celles de Marie ! Moi je ne suis qu’un grain de poussière …
– C’est bien là, le problème ! Tu devrais avoir une meilleure opinion de toi-même ! Toi aussi tu es doué, aussi doué que ton père …
– Ah nous y voilà ! Tout l’art d’Hermine ! Éviter de répondre aux questions embarrassantes en déplaçant le problème …
– James ! Je me demande pourquoi tu es venu ? Retourne dans ton palace new-yorkais ! On était très bien, ici … sans toi !
– Ca c’est sûr ! Moi parti, plus de témoin. Ni vue, ni connue, tu t’es racheté une conduite à moindre prix, hein ? La très gentille Hermine ! Si bonne ! Si dévouée ! … N’en crois pas un mot Artium ! Ne te fie pas aux apparences ! C’est le démon personnifié…

Blême, Hermine s’assoit sur le dossier du canapé. Le visage crispé, elle retient ses larmes. Artium, troublé par la violence des propos de James, prend sa défense.

– James ! Je crois que tu exagères un peu non ?

Hermine fond en larme. Elle court dans la salle d’eau, en claquant la porte.

– Inutile de te cacher Hermine ! Ca ne marche pas ! Ca ne marche plus ton cinéma !

James frappe à la porte, comme un sourd.

– Sors de là et avoue ! Avoue que c’est toi qui m’as envoyé les photos et la lettre de Berlin ! Avoue que tu n’avais qu’une chose en tête ! Qu’elle me quitte … Qu’elle retourne chez son Arthur adoré ! Et que surtout … surtout … je revienne dans tes jupons !!!! Et bien, tu as tout raté ! Hermine ! Tout raté ! Rien ne s’est passé comme tu l’avais si précisément calculé.

Marie vs Rose

– Dites moi Docteur ? Elle va mieux ? Elle va s’en sortir ?

– Vous êtes son fils ?

– Non ! Je suis Artium Waas, un ami …

– Je ne peux parler qu’à un membre de la famille. Désolé !

– Mais elle n’a plus personne … elle est seule, sans enfant !

– Si ! Si ! … Elle a quelqu’un ! … Elle a Moi …

James, affalé dans un fauteuil de la salle d’attente des Urgences de l’Hôpital d’Apt, se lève. Les cheveux en bataille, la veste froissée, la bouche pâteuse, il semble n’avoir pas dormi depuis plusieurs jours.

– Et vous êtes ?

– James O’Neil ! … Je suis le mari d’Hermine …

C’est au tour d’Artium de tomber dans le fauteuil. Abasourdi, il répète en boucle « James … Hermine … son mari …».

– Mais James ! Comment avez vous pu en arriver là ?

Galerie Arthur Waas

La question s’évapore dans le bourdonnement de la salle des urgences. James et le médecin sont partis voir Hermine dans sa chambre. Artium reste assis, indécis. Il a la nausée. Tous ces non-dits, ces quiproquos, ces vengeances calculées ! Il n’en peut plus. Il ferme les yeux. Il voudrait fuir ! Fuir … La honte à ses talons. Quelle folie s’était emparée de James ? Devant William et devant …
Des coups sourds martèlent ses tympans …
– Sors de là et avoue ! Avoue que c’est toi qui m’as envoyé les photos et la lettre de Berlin ! Avoue que tu n’avais qu’une chose en tête ! Qu’elle me quitte … Qu’elle retourne chez son Arthur adoré ! Et que surtout … surtout … je revienne dans tes jupons !!!! Et bien, tu as tout raté ! Hermine ! Tout raté ! Rien ne s’est passé comme tu l’avais si précisément calculé.

Au bruit des coups martelés par James sur la porte de la salle d’eau, se superposent d’autres coups, plus forts encore. On frappe à la porte d’entrée. James se tait. Après quelques secondes de silence, les coups redoublent. Artium ouvre. Monsieur le Maire entre dans la pièce, accompagné de William, juste derrière lui, dans l’escalier.

– Tout va bien Artium ? Vous avez besoin d’aide ?

James s’approche et découvre Rose, à l’ombre de William.

– Marie ? C’est toi ? Tu es revenue ? Je t’attends depuis si longtemps …

Il tend les bras vers Rose. Apeurée, celle-ci se cache derrière les épaules de William.

– Marie ! Où vas-tu ? N’aie pas peur … , je veux juste te serrer dans …

William s’interpose, empêchant James de s’approcher.

James tombe à genoux et pleure :

– Marie ! Pardonne moi ! Je t’en supplie … Marie !

Sur le pas de la porte de la salle d’eau, Hermine, livide, regarde tour à tour, Rose puis James et encore Rose. Elle s’appuie sur le chambranle de la porte, fait mine d’avancer vers le canapé, mais … tombe, de tout son poids, sur le parquet. Évanouie.

Marie – Lochbay

Mon cher Artium,

Permets moi tout d’abord de te tutoyer. Je t’ai offert une barbe à papa, il y a bien longtemps, je ne te suis pas donc tout à fait inconnue. William m’a fait parvenir ton courrier. Je comprends très bien les tourments qui te traversent. De la colère à la honte, il n’y a qu’un tout petit pas.

Quelle soirée riche en événements tu as vécu là, lors de cette inauguration. J’étais pourtant avec toi, avec Rose, en pensée. Je me faisais une joie de votre rencontre. Ma fille, Rose aux côtés d’Artium, le fils de l’homme de ma vie. L’idée était très romantique, je le conçois. Malheureusement entre les rêves et la réalité, la vie en décide souvent autrement.

Tu te poses beaucoup de questions. Tu te dis épuisé, de tous ces mensonges et tu t’en remets à moi pour éclaircir cette histoire qui s’est joué entre nous quatre, James, Hermine, Arthur et moi. Tu sembles me faire confiance. Mais ce que je vais te raconter ne sera qu’un point de vue, tout à fait personnel. La vérité a bien plus d’une seule facette.

Quoi qu’il en soit, c’est une histoire somme toute assez banal ! Celle d’une femme qui aime un homme qui désire une femme qui en aime un autre. Une chaine de désirs et d’attentes qui ne peut se briser que dans la douleur. Hermine aimait James qui lui me désirait, alors que ton père et moi étions fous amoureux. Lorsque nous nous sommes séparés, lorsque je suis partie en Iran puis au Guatemala, James a attendu patiemment. Il a quitté Hermine au prétexte qu’elle était bien trop grincheuse. Il a finalement déclaré son amour pour moi à un moment où moi-même, je ne savais plus trop où j’en étais. Je me suis laissée séduire, lâchement. C’était une erreur de ma part. Je ne l’aimais pas. Du moins pas comme j’ai aimé ton père. Il m’apportait une certaine forme de sécurité et puis à dire vrai, je n’étais pas souvent chez lui. Je prétextais des reportages, des interviews de la plus haute importance où … la plus part du temps, je retrouvais ton père et toi aussi, parfois.
Arthur n’aimait pas mentir, il avait sa fierté. Il a préféré divorcer, au risque de te perdre. Hermine, qui travaillait souvent pour ton père, a dû se rendre compte que nous continuions à nous voir, en cachette. Quoi de plus douloureux de voir son propre mari floué, trompé par une autre femme. Une femme qui se disait libre mais qui en réalité profitait sans vergogne, de l’amour des deux hommes qu’Hermine chérissait le plus.

Tu le vois, Artium, je suis sans pitié pour moi-même. J’aurais dû être plus attentionnée, plus sincère, moins égoïste surtout. Tu n’en serais pas là aujourd’hui. Malmené par un passé, qui ne t’appartient pas.

Ensuite, Rose est arrivée. Moi qui avait si peur d’être emprisonnée ! Qu’y a-t-il de pire qu’un enfant, pour vous enfermer ? Je vois poindre en toi une question pertinente : Cette femme est-elle capable d’aimer quelqu’un d’autre qu’elle-même ?
A cette question, je réponds Oui, sans hésitation ! J’ai aimé ton père, et je l’aime encore, même s’il n’est plus. J’aime ma fille. Grâce à elle, je me suis enracinée. J’ai appris la patience. Et puis il y a entre nous, cette forme d’amour inconditionnel. Le même qui nous réunissait, Arthur et moi.

En relisant ta lettre, je perçois en trace, cette question : Rose est-elle née d’une rose ?
Qui peut bien être le père ? James ? William ? Arthur ? Pourrait-elle être ta demi sœur ?
La réponse est simple, Artium. Si le père de Rose avait été Arthur, sans aucun doute tu vivrais avec ta demi sœur, à Paris. Compte tenu de notre passé, je n’aurais jamais pu le cacher à ton père. Quand à William, ses meilleurs amis sont des femmes, ses grandes amours sont des hommes. William connaît Rose depuis ses premiers pas. Il l’a élevée comme sa propre fille. Rose en retour l’appelle Dad’. Il ne reste donc plus que James. Et oui ! James est le père de Rose. J’ai découvert que j’étais enceinte de James, lorsque j’étais à Berlin. A mon retour, je pensais lui annoncer mais il a été si odieux ! J’ai préféré me taire. Rose est née à Rome, de père inconnu.

Voilà Artium, tu sais tout de cette triste histoire. Rose m’a beaucoup parlé de toi. Il paraît que tu ressembles à ton père. Je serai si heureuse de t’accueillir ici, dans les Highlands. Viens quand tu veux, tu es ici chez toi.

Je t’embrasse,
Marie

Sur les Highlands

A l’horizon velouté, une lueur délicate, bleu ardoise, gris ciel, ourlée d’or pâle. Où se trouve la limite entre l’océan et l’univers étoilé ? Des nuages floconneux s’étirent avec indifférence sur Loch Dunvegan. L’aube aime à se faire désirer. Quelques Fous de Bassan plongent en piqué, la pêche a déjà commencé son cours. Les moutons broutent inlassablement leur carré de pâturage. La nature, fidèle, est entièrement dévouée à sa raison : chasser, broyer pour survivre. Tout n’est qu’une histoire de transformations. De renoncements …
Bercé par l’air marin, je m’enroule à nouveau dans la douce chaleur de mon duvet. Il est bien trop tôt pour lever le camp.

Ce duvet, je le devais à Hermine. Quelques semaines après sa sortie de l’hôpital, elle était arrivée à Saignon Cul Sec, un gros sac de toile sur l’épaule. Elle voulait s’excuser. Elle avait honte de ses mauvaises actions passées. Elle se sentait tellement redevable. Sa voix tremblait. La gorge nouée, je l’ai prise dans mes bras, longtemps. J’étais si heureux de la savoir vivante. Des larmes ont coulés, de mes yeux, des siens, je ne sais plus.

Ensuite, prenant son courage à deux mains, elle m’a tendu la besace. A l’intérieur, du matériel de camping. Surpris, je la regardais. Où voulait-elle partir ?
Me traitant d’idiot, elle m’assura que cet équipement était pour moi. Elle avait longuement réfléchi. Je ne pouvais pas passer ma vie, enfermé dans cette galerie à honorer mon père défunt. Je devais découvrir la vraie vie, parcourir le monde, créer… Pourquoi pas un pèlerinage ? Jusque dans les Highlands ? Elle s’occuperait de la galerie. Elle avait récupéré la maison de Saignon, celle qu’elle avait acheté avec James, il y a si longtemps. Ils divorçaient enfin. Ce sera son petit bonheur à elle de se consacrer à de nouvelles expositions. A vrai dire, elle ne me laissait pas le choix. Je devais partir …

Vache écossaise

Une langue râpeuse sur le toit de la tente me rappelle à la réalité. Ce champ ne m’appartient pas. Il est la propriété de trois jeunes et adorables vaches des Highlands. Je déguerpis avant de voir ma tente déchiquetée par les cornes effilées de ces charmantes demoiselles.
J’arrive au bout de mon pèlerinage. Lochbay n’est plus très loin. Mon pas ralenti, j’hésite encore. Ces longs mois de marche à travers le pays ne m’ont pas rendu plus sociable. Bien au contraire. Au plus j’ai évité la compagnie des humains, au plus je me suis ressourcé. Ai-je découvert la vraie vie ? Comme le souhaitait Hermine. Je n’en suis pas si sûr.

Pourtant, lorsque j’aperçois la chaumière de Marie, en haut de Lochbay, mon pas s’accélère, sans que j’y prenne garde. De loin, je devine une immense baie vitrée donnant sur l’océan. Les murs sont d’un blanc lumineux, tout comme la fumée qui s’échappe du conduit de la cheminée. Tel un point d’exclamation solitaire tracé sur un ciel d’ardoise, la maison de Marie m’interpelle. Je suis à peine parvenu sur le pas de la porte, qu’elle s’ouvre. J’entends la voix de Marie s’exclamer : « Rose, il est arrivé ! C’est Artium … ». La seconde suivante Marie m’entoure de ses deux bras et me sert avec tendresse. Elle murmure à mon oreille : « Bienvenue Artium ! Tu es le bienvenu … je t’attends depuis si longtemps ».

2 Commentaires

Votre commentaire

Votre adresse mail ne sera pas publié. Les champs marqués * doivent être remplis.