Durham et les tailleurs de pierre
AnnT 14 septembre 2019
 

Huit heures du matin. J’entre dans la vieille ville de Durham, taillée à même la roche, enveloppée par river Wear. J’admire l’ensemble depuis le pont nord. La vue est un mélange de magnificence et de douceur insolite. Pavés gris humide, fenêtres à petits carreaux cerclés de bois, je gravis les ruelles encore silencieuses. La place, sertie de maisonnettes or crémeux, offre une vaste étendue de gazon anglais, plus vert que vert. Pas une voiture, il ne manque que le bruit des sabots frappant le pavé, et me voici au moyen-âge. J’écoute le murmure des arbres. Ils sont centenaires, à n’en pas douter. Ils enveloppent la cathédrale, avec bienveillance.

La cathédrale de Durham est impressionnante. Construit en pierre de taille, l’édifice est de style roman, sobre, sans austérité. Les façades, les portes et les voûtes, ornées de chevrons, donnent cette sensation d’insoutenable légèreté.

À l’intérieur, il est interdit de prendre des photos. Je parcours les travées, l’âme en peine. Tout est si gracieux, si simple, si doux. J’aurais voulu graver le souvenir de ces merveilles, sur quelques clichés photographiques. Sans capteur numérique, mes yeux parcourent les piliers porteurs de voûtes agiles. Sur les blocs de pierres, des motifs géométriques gravés à fleur de roche, comme des pièces d’un jacquard monochrome.

Le nez en l’air, j’admire les voûtes en ogive. Leur élévation. La verticalité de l’ensemble accentuent la hauteur de l’édifice. Je me sens minuscule, comme perdue dans l’immensité de la voûte céleste. J’aime cette atmosphère chargée de fines vibrations, l’odeur de la roche mâtinée d’encens, le bruit des pas sourds des pèlerins mêlé à celui plus ancien des burins, tailleurs de pierre. J’imagine ces hommes, femmes, enfants et la cathédrale qui s’élève petit à petit, au fil des générations. Tant de blessures, de cris, de larmes et la joie aussi à contempler le travail bien fait, la naissance d’un motif sous les coups du maillet, la beauté d’une voûte enfin dégagée des poutres de soutien.

Elle est là, infaillible au temps qui passe. Ils ne sont plus. Et pourtant, il reste d’eux l’humble trace de leur désir de beauté, d’intelligence et d’émerveillement.

Au loin, tout près d’un pilier, la flamme vacillante des lumignons m’attire tel un obscur papillon. J’allume une bougie et je m’assoie. Je suis là, à l’écoute de la pierre. L’esprit posé, mon corps respire simplement. Les yeux fermés, je sens la vie coulée en moi avec ce même désir de beauté, d’intelligence et d’émerveillement, en toute humilité. Je m’imprègne, loin des bruits de la ville.

Plus tard, j’apprends par le guide touristique que le lieu qui m’a irrésistiblement attirée et où je me suis longuement recueillie, est consacré aux artistes et aux écrivains.

Magie de l’instant.

Majestueuse est la cathédrale de Durham.

Verticale, posée sur une colline encerclée.

Pièces de jacquard à fleur de roche ciselée,

Les maçons séculiers ont capturé les âmes.

Ils taillent la pierre, ils gâchent la chaux, les peintres rient.

Les colonnes s’élèvent à la force de la foi

Des bâtisseurs de la Northumbrie d’autrefois.

La roche transformée, sculptée par leur corps meurtri.

Silence bourdonnant des pèlerins, des badauds.

À travers les siècles, je chemine sous les linteaux.

Si minuscule au regard du temps, mon âme

S’élève, enchantée par les éclats d’une flamme

Accrochée au cierge, à l’instant déposé.

Durham la majestueuse, en mon cœur apaisé.

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