Seul sur Terre
AnnT 6 février 2016

[ – 1 – ] Sur Terre

Gene Monroe court dans Central Park d’une bonne foulée. Il transpire à grosses gouttes. Soudain une voix l’interpelle pour lui dire que son entrainement est terminé pour aujourd’hui. Il s’agit de Hal, son cyber-ami à l’esprit vif. D’ailleurs Hal ne manque pas de lui demander s’il n ‘est pas fatigué de faire toujours le même tour. Il a dans sa base de données, des milliers de parcours bien plus attractifs. Ce à quoi répond Gene qu’il aime se sentir comme Dustin, un Marathon Man. Tout en fermant l’application de jogging virtuel, Hal se tait, il n’a pas compris la référence.
Nous sommes en 2220, à la frontière du Mexique, Gene Monroe, ancien astronaute à la retraite, s’est retiré au fin fond d’une grotte avec vue sur une rivière souterraine. Gene semble pourtant n’avoir qu’une petite trentaine. Il a bourlingué de nombreuses années à travers l’Univers, gagnant des années terriennes à chaque retour, comme l’a si bien expliqué Mr Einstein. La grotte dans laquelle vit Gene est aménagée pour qu’il puisse tenir au moins six mois enfermé à plus d’un km sous terre. Il l’a découverte dans sa jeunesse et aménagée, secrètement, pour son plaisir. Les voyages dans l’espace lui ont fait apprécier la solitude. Il est maître en sa grotte tout comme il l’était à bord de son astronef, le paysage en moins.
L’année précédant son installation dans la grotte, les scientifiques ont découvert qu’un astéroïde venu des abords d’une galaxie voisine allait entrer en collision avec la Terre, détruisant tout sur son passage. Les humains, toujours très intelligents dans ce genre de situation se sont rejetés la faute, s’accusant d’avoir déréglé l’univers avec tous leurs voyages intergalactiques. Les réactions ont fusé de part et d’autres du globe, sans qu’aucune solution viable ne soit envisagée. Gene Monroe, réputé pour ses connaissances en voyages intergalactiques, a proposé un plan relativement simple pour détruire l’astéroïde bien avant son arrivée sur Terre. Après quelques mois de réflexions, les scientifiques ont rejeté la solution au prétexte qu’elle était trop chère, dangereuse et pas aussi fiable que ne le prétendait Gene. La seule décision prise a été d’attendre que l’astéroïde pénètre la stratosphère pour le bombarder et le réduire en miette. Gene s’est alors enfermé dans la grotte, attendant que l’astéroïde détruise la Terre. Depuis, ces journées se passent ainsi : sport, petit déjeuner fait à base de produits déshydratés, lecture, musique, enregistrement vidéo de son journal de bord, jardinage à la mode Mark Watney, le rescapé de Mars, son héros, parties d’échec avec Hal puis diner devant un des ses films préférés. Il s’endort tous les soirs dans les bras de Lauren Bacall qui lui murmure qu’il n’a qu’à siffler pour la voir arriver. Hal rouspète encore une fois après Gene, il ne comprend pas ses vieilles manies. Mais pour Gene, Lauren est le sosie de son ex-petite amie, Laura Berstein. S’endormir auprès de son souvenir, l’apaise.

Laura Berstein, commandante de l’astronef Juvenia

[ – 2 – ] A bord du Juvenia

Laura Berstein, commandante de l’astronef Juvenia, se réveille d’une léthargie prolongée. Elle est de retour après 10 années de voyages intergalactiques. Elle et son équipe ont installé une colonie sur une exo-planète d’Alpha du Centaure. Ils reviennent pour embaucher de nouveaux colons. Dès son réveil, elle vérifie la présence à son cou, de son petit sifflet fétiche. Silencieusement, elle prend son petit déjeuner puis, se dégourdit les membres. Elle entre en contact avec la Terre afin de les prévenir de leur arrivée. Six mois tout au plus. La connexion a du mal à s’établir, Elle attend patiemment la réponse, tout en admirant la beauté de l’espace. Elle entend finalement un bip, se précipite sur son casque pour entamer la conversation. Laura a du mal à comprendre ce qui se dit. A l’autre bout, la voix est confuse, stressée. Elle fait répéter plusieurs fois, jusqu’à ce qu’elle comprenne enfin. Un astéroïde va s’écraser sur la Terre. Tout est mis en œuvre pour l’arrêter. Le Juvénia doit ralentir et attendre de nouveaux ordres. Paniquée, elle demande plus de détails. Peine perdue, Laura a beau crier dans son casque, elle ne reçoit plus aucune réponse. Devant l’urgence de la situation, Laura envoie plusieurs messages personnels à ses proches. Elle décide ensuite de réveiller prématurément ses compagnons de voyage.
De son côté, le jour J est arrivé pour Gene qui s’attend à être bien secoué peut-être même à mourir. Il fait ses adieux à son journal de bord ainsi qu’à Hal. Après avoir vérifié l’étanchéité du sas d’entrée de la grotte, il met une musique douce. Allongé, il regarde les photos de son enfance, du sourire de Laura lorsqu’il lui avait offert ce petit sifflet en or, signe de leur connivence. Ils s’étaient aimés malgré leur différence d’âge pourtant invisible. Elle voulait découvrir l’Univers à son tour. Il n’avait pu l’en empêcher. Lui même serait parti à nouveau, si l’administration ne s’y était opposé, au prétexte qu’il était trop âgé. Elle lui avait promis qu’elle reviendrait. Il n’avait juste qu’à siffler ! Comment pourrait-elle l’entendre depuis son astronef, lui enfermé dans sa grotte. Un bruit assourdissant interrompt ses réflexions. Que se passe-t-il ? Est ce l’explosion de l’astéroïde dans les airs qui provoque un tel vacarme ? La terre se met à trembler. Gene tente de se lever mais il reçoit une étagère de livres sur le dos. Le tremblement se renforce. La voute de la grotte se fend de part en part. Il a soudain très peur d’être enterré vivant. Il reçoit plusieurs roches sur la tête, l’une d’entre elles brise sa main. Les lumières vacillent, s’éteignent chacune à leur tour. Il est dans le noir. Il allume difficilement une lampe-torche posé à son chevet. Le bruit est assourdissant bien que le tremblement s’atténue. Le bruit fracassant n’est pas dû au tremblement de terre mais, provoqué par la rivière souterraine qui gronde de plus en plus fort. Son débit a augmenté très rapidement. Le jardin a disparu sous les eaux. Le niveau monte dangereusement. Gene est obligé de se retrancher près du sas de sortie. Aidé de Hal, il tente de sauver des denrées et du matériel.
Sur le Juvénia, le personnel de l’astronef est aux abois. Ils n’ont pas de nouvelles de la Terre. Tous se demandent si il y a des survivants. Le commandant en second Michael Waethereye fait état de la situation. L’équipage ayant été intégralement réveillé sur une décision non réfléchie de Laura, ils devront restreindre leur alimentation et leur consommation en eau. Doivent-ils aller sur Terre si plus rien ne les y attend ? Auront-ils suffisamment d’énergie pour retourner sur l’exo-planète ? Laura reste silencieuse malgré l’animosité grandissante de Waethereye. Pour elle-même, elle pense à ses proches et surtout à Gene Monroe qu’elle aurait tant voulu revoir. Aura-telle l’occasion de retourner sur Terre ? Elle doit être plus forte que Waethereye et convaincre tout l’équipage de retourner sur Terre. Ne serait-ce que pour amener les survivants sur l’exo-planète.

Après de nombreux mois de travail intensif, Gene décide de sortir de la grotte. La rivière a finalement décru. Hal lui a appris comment bander sa main qui fonctionne correctement maintenant. Bien qu’il ait perdu énormément de denrées alimentaires, il s’est obligé à patienter, attendre que tout se calme en haut. L’atmosphère nocive due à la chute de l’astéroïde. Six mois de nuits noires, de pluies mêlées à de fines particules irrespirables. Gene a évité le pire, en se contraignant chaque jour à résoudre un problème à la fois : réparer le matériel cassé, planter les quelques semences qu’il lui reste, … Hal, a également contribué à garder son optimisme en lui proposant chaque soir de choisir un film parmi ses préférés. Un a retenu toute son attention bien qu’il ne soit pas fan du genre : La guerre du feu. Hal a même fini par s’intéresser à l’évolution des Néandertaliens, malgré leur allure simiesque.


Sur Terre, Gene sort de la grotte, en combinaison de cosmonaute

Gene sort de la grotte, en combinaison de cosmonaute. Hal lui a pourtant certifié que l’air était respirable. Il est impressionné par le chaos. Partout, des cratères se sont installés, sans compter la poussière noire recouvrant le paysage. Gene avait pris soin de mettre son camion à l’abri. Mais ce dernier est dans une mauvaise posture, noir poussiéreux, cabossé de partout, le nez plongé dans une crevasse. Au bout de quelques heures, à l’aide de Hal, quelques poulies et des câbles, il arrive à sortir l’engin. Il part pour Cap Canaveral, son port d’attache depuis toujours. La route est longue, plus de 2000 km. Il ne connaît pas la durée du trajet, compte tenu de la nouvelle géographie dessinée par l’astéroïde. Plus d’une semaine passe, semée d’embûches. Il doit allonger son parcours, les puits de pétrole ont répandu leur semence dans toute la région, entre Houston et Bâton Rouge. Il arrive malgré tout sur le site de l’astroport. C’est une véritable catastrophe. Les rampes de lancement ont été englouties par un tsunami. Une tour de contrôle a cependant su résister à la vague. Il y pénètre, à la recherche d’objets pouvant lui servir. Tout en haut, dans un bureau dévasté par la panique, se trouve une multitude d’écrans de contrôle. Il en teste quelques uns au hasard. A sa grande surprise, l’un d’entre eux s’allume. Il tente une connexion et cela fonctionne. Si les hommes n’ont pas survécu à la catastrophe, leur technique a été plus puissante murmure-t-il. Dans son dos, Hal acquiesce d’un air entendu. Il parcourt le réseau à la recherche d’informations, regarde les vidéos de l’instant d’avant, la panique, les suicides collectifs, … Tout cela le met mal à l’aise, en colère.

[ – 3 – ] Le retour

Il entend alors une voix qu’il connaît bien, une voix demandant l’autorisation pour le Juvénia, d’approcher la Terre. Il s’agit d’une archive. Laura est de retour quelque part dans l’espace. La demande a été formulée quelques minutes avant la catastrophe. Qu’ont-ils décidé ? Sont-ils repartis ? Gene consulte ensuite ses mails et lit à sa plus grande surprise, un message de Laura : Si tu as besoin de moi, siffle moi, ta Laura. Il sourit malgré le tragique de la situation. Comme il aimerait pouvoir siffler suffisamment fort pour qu’elle puisse l’entendre. Il regarde alors par les baies vitrées à moitié occultées par la poussière omniprésente, plongé dans une profonde réflexion. Puis il part précipitamment. Sur la vitre, une sorte de six précédé d’une barre oblique a été dessiné. Surpris, presque inquiet, Hal regarde la vitre puis Gene partir.


Sur Terre, dans les cyber-yeux de Hal, une étoile brille

Le Juvénia est en orbite autour de la Terre criblée de millier de cratères. Waethereye ne décolère pas. Ils auraient dû retourner sur l’exo planète. Impossible d’atterrir, tout a été détruit. Et pourquoi atterrir puisqu’il n’y a aucun survivant. Laura scrute chaque nuit la présence d’une lumière, signe d’une vie potentielle. En vain. Il va être difficile de convaincre l’équipage de rester même si Tom le médecin et Eléna la biologiste seraient plus enclins à continuer les recherches. Laura, désespérée, a laissé Waethereye prendre le contrôle de l’astronef. A l’heure du départ, Laura jette un dernier coup d’œil sur le Golf du Mexique, toute son enfance, quand elle aperçoit un éclair lumineux d’une très forte intensité. Elle se précipite dans la salle des commandes, pour arrêter la procédure de départ. Waethereye résiste mais Tom intervient également. Ils observent avec attention le point lumineux. Le contrôleur radar propose de faire un agrandissement du signal. Sur l’écran apparaît alors une flèche de feu suivit d’une barre verticale et d’une sorte de 6. La flèche indique la baie de Houston. Laura a les yeux qui brillent. Elle convainc Waethereye de la laisser amerrir à l’endroit indiqué par la flèche. Tom et Eléna décident de la suivre.
Sur Terre, Gene scrute le ciel avec ses jumelles. Il est assis sur une des plages de la baie de Houston. Il attend sans trop y croire. Il a creusé plusieurs tranchées, immenses, avec des pelleteuses trouvées sur les chantiers de raffinerie. Dans ces tranchées se sont écoulés les milliers de m3 du pétrole qu’il avait soigneusement évité lors de son périple jusqu’à Cap Canaveral. Revêtu de sa combinaison d’astronaute, il a ensuite mis le feu aux tranchées. Il attend maintenant, espérant que son message soit aperçu depuis l’espace. Hal, à ses côtés, contemple la voute céleste. Dans ses cyber-yeux, une étoile brille. Après une nuit d’attente, Gene se lève, tenaillé par le désespoir. Cela valait le coup de tenter l’expérience mais à l’évidence le Juvénia n’est plus là. Pourtant un étrange bruit attire son attention, une sorte de sifflement. Il aperçoit à l’horizon une capsule spatiale munie de parachutes, plongeant à l’ancienne, dans la mer.
Quelques mois plus tard, Laura, Gene, Tom et Eléna parcourent le continent à la recherche de survivants. Ils ont réussi à sauver quelques animaux mais pour l’instant aucun homme. A NYC, tout n’est que débris. Quelques pousses vertes cependant reprennent leur droit sur Central Park. La Statue de la Liberté est enfoncée dans la vase. Seuls son visage et la flamme sont visibles. Gene se dit qu’il a déjà vu cette image quelque part, lorsque Hal lui demande si il pense que les singes pourront parler à l’avenir ? Puis, Hal éclate de rire, pour la première fois.


Sur Terre, la Statue de la Liberté s'est enfoncée dans la vase

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