Fragments Familiaux – 4
AnnT 23 janvier 2015

Rose et Jérémy – Novembre 2015

La chambre de la maternité est silencieuse, à peine éclairée des lueurs de l’aube. Au loin un nouveau-né pleure, les pas précipités d’une infirmière te réveillent. Tu ouvres les yeux, ta main serrant la mienne, depuis ton fauteuil inconfortable. Le sourire déjà aux lèvres, tu te souviens, à l’instant même, que ta vie a basculé au beau milieu de la nuit. Tu es désormais le père de deux petits bambins, Rose aux mèches rousses, à ton image, et Jérémy, un petit brun aux yeux bleus.

Tu te lèves, titubes, après ce somme écorné par l’accouchement. Tu as envie de les voir, les papouiller, comme tu sais si bien le dire avec ton accent américain. Tu es heureux. Heureux d’avoir vaincu cette malédiction qui semble s’être abattue sur ta famille depuis au moins trois générations. Non, tu ne partiras pas à la guerre, oui tu verras tes enfants grandir. Tu as besoin d’être rassuré, tu te blottis tout contre moi. J’aime ta fragilité.

Tu es arrivé de New York, il y a dix ans. Le vieux notaire de famille a retrouvé ta trace après le décès du dernier Hustin – Ambrosi. Tu as hérité d’une petite fortune, toi qui vivais de l’air du temps, à l’ombre des gratte-ciels, ignorant tout de tes origines.
L’étonnement passé, tu as suivi le rêve de l’américain à Paris, tu t’es fait artiste peintre, installé du côté de Belleville, dans un petit atelier sous les toits. Tu cherchais de nouveaux modèles, c’est ainsi que nous nous sommes rencontrés. Tu as compris rapidement que tu ne serais jamais le peintre de tes rêves. Tu as cherché d’autres voies.

Pour cela, tu te devais de comprendre comment la vie t’avait conduit jusqu’ici. Tu as découvert bien des mystères sur cette famille devenue la tienne. Tu t’es épris de psycho-généalogie et tu es devenu un étudiant acharné, puis enseignant thérapeute. J’admire ton désir de tout comprendre.

Rose et Jérémy arrivent dans leur berceau transparent, poussés par deux infirmières. Tu te précipites sur celui de Rose. Elle est déjà ta préférée. La rousseur de ces cheveux sans aucun doute. Tu la soulèves délicatement, lui fais mille bisous, mille grimaces. Sa tête dodeline légèrement, tu la rattrapes avec ton épaule rassurante. Tu es aux anges.

Deux enfants, en une seule fois, c’est un miracle, inespéré. Rose couine un peu, tu la déposes à mon sein qu’elle attrape goulûment. Tu l’observes avec envie. Tu prends Jérémy dans tes bras. En roulant des yeux, tu lui parles anglais, comme si déjà, il te fallait être sérieux avec ce petit bout d’homme. Je jubile de te voir si heureux.

La tétée et le bain des deux anges terminés, nous nous endormons comme des bienheureux.
Ce soir, vendredi treize novembre, tu es parti avec nos deux amis Fred et Julie, fêter la naissance de tes petiots, à la terrasse du Carillon. Je t’attends.

@nn Tee – Biographie

Les origines d’Ann Tee sont pour le moins surprenantes.
Elle naît, précocement, à Londres. Ses parents, russes, font partie de la troupe du Cirque de Moscou. La mère est trapéziste et le père, prestidigitateur.
A sa naissance, Ann est confiée à une famille londonienne. Nous sommes en pleine guerre froide, le père n’a qu’un seul désir, voir sa fille élevée hors des murs moscovites. Ann est adoptée par un journaliste d’origine française, la mère adoptive est une sage femme, écossaise. C’est elle qui a accouché la mère d’Ann.
Ann apprend ses véritables origines à l’adolescence, lorsqu’au cours d’un séjour du Cirque de Moscou à Londres, les deux artistes devenus célèbres, décident de s’installer dans la métropole. A la suite de cette découverte choc, Ann se passionne pour la recherche, celle de la vérité originelle. Elle se découvre également un amour immodéré pour le déguisement et la prise de risque.

AnnTeeLes origines multiculturelles et très inattendues d’Ann font d’elle, une femme journaliste, à l’aise dans les voyages, curieuse et audacieuse.
Elle a à son actif, plusieurs découvertes étonnantes, dont la plus insolite est celle d’avoir trouvé la nouvelle « L’Attente » et la lettre de Stefan Zweig à Sigmund Freud dans un repli du divan du célèbre analyste.

A la suite des attentats du 11 septembre, elle n’hésite pas à rencontrer Paul Auster, chez lui, à Brooklyn, pour l’interviewer. A son plus grand plaisir Ann apprend que le célèbre auteur américain s’est inspiré de la nouvelle de Stefan Zweig, pour rédiger une nouvelle encore inédite, « Les racines du passé ». Lorsque Paul Auster décide de lui lire les deux premières pages de son récit, il ne s’est pas aperçu qu’elle est elle-même, l’auteur de l’affaire du Freud Museum, celle qui a retrouvé la nouvelle inspirante.

1 Commentaires

  1. Il est certain que cette Anne Tee, on aimerait bien la connaître. Elle paraît être introduite dans de multiples réseaux qui en font un interlocuteur tout à fait fascinant.
    Mais au départ, quelle enfance ! Forcément ça façonne un caractère et ça prédétermine pour un destin peu commun !

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