Lettre n°4 : Démolitions
AnnT 21 juillet 2016
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Marc,

Ton insistance à m’écrire, malgré tout, m’invite à prendre la plume, enfin le clavier, pour te répondre.

Bureau de Marc, avant destruction

Quoi te dire après ton départ si abrupt, sans préparation, ni discussion. Le tout début, avant que je ne reçoive ta première lettre, m’a fait passer par toutes les couleurs, du noir chagrin, au rouge colère, sans parler du gris opaque de l’incompréhension. J’ai découvert un autre homme que celui qui partageait ma vie depuis vingt ans. Je n’avais jamais imaginé que nous aurions pu nous séparer de la sorte. Et que dire des enfants qui, même si aujourd’hui sont aux quatre coins du monde pour leurs études, ont été extrêmement choqués. Léa a voulu interrompre son stage pour apaiser ma peine. Je m’y suis opposée.

Je t’ai cru mort, blessé, amnésique. J’ai fait le tour des hôpitaux, puis des commissariats. J’ai pensé que tu t’étais envolé dans les bras d’une femme, plus jeune, plus douce. Après tout, l’âge du démon du midi n’est pas si loin.

Mais non, en réalité, tu t’es échappé sur un vieux vélo toutCuisine, avant destruction rouillé, avec l’idée de poursuivre une étoile, un rêve d’enfant. Pourquoi n’avoir rien dit ? Pourquoi t’être tu ? Je pensais être à ton écoute, je pensais notre désir commun. Il n’était en réalité que mien. La chute fut rude, une vraie descente aux enfers.

Tes collègues m’ont harcelée. Ils voulaient savoir ce que tu faisais. Ils transformaient ton burn-out en un mauvais alibi, un mensonge monté de toute pièce. Ils t’accusaient d’être parti travailler pour un cabinet conseil concurrent. Ils me menaçaient, pour savoir où, sans jamais demander une seule fois des nouvelles de ma santé …

Après les pleurs, la tristesse, la rage s’est installée. J’ai voulu tout détruire, tout casser ce que nous voulions réaliser ensemble. Enfin, ce que je pensais que tu voulais construire avec moi.

La colère est porteuse d’une grande énergie. Grâce à elle, j’ai entamé, seule, les travaux. La pièce qui te servait de bureau, la petite cuisine, tout à disparu à coup de massette et de burin. Un vrai travail libérateur. Détruire, démolir, supprimer, effacer !

La maison de mes rêves ou encore le cocon, que tu me souhaites n’est pour l’instant qu’un vaste champs de bataille ….

Jeanne

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