Marjee, la maîtresse de Joe le Shar-Peï

Joe le shar-peï

[Où il sera question de faire se rencontrer les personnages …]
S’il est communément admis que le chien ressemble à son maître ou peut-être l’inverse, j’avais la preuve sous les yeux que cette affirmation restait encore à prouver et cela fort heureusement pour la maitresse de Joe.

Joe était un vieux Shar-Peï plissé à l’excès, boudeur et jaloux. Elle, elle était fine, ses lèvres pulpeuses, les mains délicates. A peine entré dans mon bureau, il s’était accaparé du canapé et y avait élu domicile, le temps d’une sieste sans sommeil. Elle l’avait suivi, croisé ses longues jambes nues en s’asseyant à ses côtés.
Il était fier de sa maîtresse. Il l’observait avec attention. Sous le regard froncé, les paupières frémissaient à chacun de ses mouvements. Son allure à elle, était sportive, camouflée sous une apparence sensuelle. Dans son regard se lisait une timidité surmontée, une interrogation inquiète et pourtant audacieuse.

– Bonsoir Mr Lurholmes. Je vous remercie sincèrement d’avoir accepté de me recevoir aussi tardivement.
– Ludger, appelez moi Ludger.
– C’est d’accord ! Mais à la seule condition que vous m’appeliez Marjee. Tout le monde m’appelle ainsi, Marjolaine c’est assez démodé, vous ne trouvez pas ?

Assise au bord du canapé, les coudes sur les genoux, Marjee parlait et je la regardais ou plutôt, je la dévorais des yeux. Joe grognait, il le sentait, j’étais son rival. Marjee m’avait été recommandé par un vieil ami, un ancien client qui ne savait comment me remercier de lui avoir ouvert les yeux sur les infidélités de sa femme. Il m’avait envoyé la plus part de ses amis.

Mais pour la première fois, il s’agissait d’une femme, une vraie beauté. Ses lèvres surtout, charnues, charnelles. Elle avait cette façon de me sourire, tout en parlant, comme ma mère qui me parlait tout en souriant. J’avais dix ans au moment de sa disparition, mais son sourire, je l’ai gardé en moi, tout au fond. Ah bon sang, voilà à peine dix minutes qu’ils sont entrés dans mon bureau et, je n’ai qu’une envie – que Freud me pardonne – embrasser ce sourire envoutant, gouter aux fruits de ces lèvres …

– Ludger !
– Oui ! Mademoiselle Vian !
– Je vous parle et vous n’entendez rien ! Tout d’abord, appelez moi Marjee et ensuite vous restez là, sans voix. Est ce parce que je viens de vous apprendre que j’ai vu votre mère ?

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